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mar 30 nov 1999
Exposition et concert
SAINT-LOUP SOUVENIRS DE TANTE VONETTE

Souvenirs de Tante Vonette, petite fille de Paul Dumond

La dernière fois que tante Vonette est venue à Saint-Loup c’était en 1937. Il y avait à l’époque une conférence du comte de Paris qui n’avait pas le droit d’aller en France. Elle n’est pas allée à la conférence mais accompagnait un beau-frère qui y est allé. La maison était alors triste, abandonnée.

 Eté 1930 à Saint-Loup, Vonette 2ème rang, 2ème depuis la gauche.

Sa grand-mère n’allait plus à Saint-Loup depuis deux ans. Elle est décédée en mai ou juin 38. Après la vente un wagon entier avait ramené des meubles.

La véranda d’hiver était sur la cour de la ferme. La véranda d’été face au lac.

L’électricité est arrivée tardivement dans la salle à manger et le salon. Les vaches l’avaient eu bien avant. L’explication est la suivante : dans la région l’électricité qui était quelque chose de nouveau, faisait peur à cause d’une personne qui était décédée électrocutée.

L’escalier de la tour carré était carré, très petit. Par contre l’escalier de la tour ronde était très large, avec tapis rouge et barres en cuivres. La rampe était un énorme cordon, tenu par des ronds en cuivre vissés dans la muraille. L’escalier menait à un grenier au second étage, où il y avait une salle de bain. Il y avait deux baignoires, une pour les maîtres et une pour le personnel. Les deux escaliers des tours tournaient dans le sens inverse des aiguilles d’une montre en montant.

Tante Vonette connaît mal la cuisine qui était côté route de Saint-Loup car elle se faisait chasser de la cuisine par la cuisinière. Le salon qui était vers la cuisine avait alors tous ses meubles sous des tissus et n’était pas utilisé.

Vers la route de Saint-Loup il y avait un arbre avec un tronc énorme, un arocaria, avec de grandes branches en forme de parapluie. Il y faisait très frais. On descendait à la rivière. En remontant on faisait un arrêt au jardin potager en face de l’orangerie et on mangeait beaucoup de prunes. Au retour, grand-mère disait « vous êtes en retard pour le chapelet de 16h00 ».

Le soir, la prière était dite dans la chapelle, qui était très petite et très sombre. Après chacun allait prendre une lampe pigeon dans le placard du couloir avant de rejoindre les chambres.

Le matin la messe était à 7h30. Mais les oncles ont demandé de la repousser à 8h00. Un peu avant le réveil, chaque matin, les deux jardiniers ratissaient les graviers devant la terrasse, ce qui faisait du bruit.

L’allée devant la façade menait à un très joli bois à haute futaie. Là se trouvait le tennis, et un peu plus loin la grotte avec la Vierge qui faisait face au Mont-Blanc. Plus loin il y avait la « petite ferme », annexe de la ferme principale, où il y avait un fermier.

Les allées qui menaient au bassin était à la française, avec les angles arrondis dans les coins, où se trouvaient à chaque angle des vases avec un grand cactus dedans. Il fallait faire attention à n’être pas piqué quand on faisait du vélo.

Depuis la terrasse du château il y avait une très belle vue sur le lac. Après le bassin, il y avait un pré descendant en pente douce, avec des roseraies, et plus bas, invisibles depuis le château, des vignes. Celles-ci donnaient du vin blanc de qualité semble-t-il médiocre. Grand-mère tenait à rester à Saint-Loup jusqu’aux vendanges, puis rentrait ensuite à Saint-Étienne.

La Tourne fonctionnait mais s’appelait « l’usine ». L’eau du bassin était sans arrêt changée par le jet d’eau.

On racontait que Madame Conty était très autoritaire.

Grand-mère (Madame Dumond) venait toujours avec des aumôniers. L’un d’eux était Mgr Delaire, un ancien évêque. Il s’occupait des « enfants de France » chez le Duc d’Orléans. Il faisait des remarques « Chez les Princes les enfants ne font pas ça ». Un jour il a été piqué par un frelon. Il y en avait beaucoup, comme les chauves-souris et les moustiques.

Tante Vonette raconte que l’escalier de la tour ronde menait à une porte en sous-sol où elle n’a jamais pu rentrer. Quand je lui ai dit qu’il venait d’y avoir une exposition sur les mille ans du château de Saint-Loup, elle a répondu « Il y avait sûrement des choses à voir dans la cave ».

Propos recueillis par Patrick Marze, 2007



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