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Exposition DES FEMMES LANCEENNES
PRINCESSE GALITZIN - SOUVAROFF

La princesse Anna Galitzin est née en 1809, en Russie. Petite-fille du maréchal Souvaroff . Mariée à Wladimir Galitzin, deux filles: Léonie et Lina.

Vers 1839 à Versoix, "elle fit l'acquisition de l'ancienne maison de la douane qui fut par elle agrandie et mise sur le pied de maison de plaisance, le clos étant transformé en un superbe bosquet anglais." L'abbé Moglia1 nous fait découvrir la princesse, avec qui il avait quelques différents, dans "Chroniques de la paroisse de Versoix de 1540 à 1847", vers 1847. Selon son passeport délivré en 1839, cette jeune femme était de taille moyenne, avait les cheveux blonds, les yeux bleus, le visage oval au teint clair. J.-F. Vernes-Prescott quand à lui, nous dit qu'elle avait autant d'esprit que d'instruction. Elle était habituée des salons de Montfleury. Sa fille Lina en première noce princesse Dolgorouki et ensuite princesse de Munster, était d'une merveilleuse beauté, laissant plus d'une fois l'étranger en extase.

Armoiries de la famille Galizin

Est inscrit dans le Répertoire alphabétique des passeports (Archives cantonales A 39.1.)  pour l'année 1839, qu'un passeport est délivré à La princesse Galitzin, propriétaire à Versoix, et ses deux filles, se rendant à Lyon avec un domestique homme et une femme de chambre. Un même document daté 1846 lui est délivré sur la demande de M. J. Fazy pour se rendre à Paris.

 

"Vue de la propriété de Montfleury, près de Versoix", 1843. Aquarelle de Luc Henri Mottu (1815-1859), Mairie de Versoix

Commentaires de l'abbé Moglia dans ses  dans "Chroniques de la paroisse de Versoix de 1540 à 1847", vers 1847:

(...) Princesse Gallitzin, heureux début.  Cette princesse, fit l'acquisition de l'ancienne maison de la douane qui fut par elle agrandie et mise sur le pied de maison de plaisance, le clos étant transformé en un superbe bosquet anglais. Dans les premières années de son séjour ici, elle me témoigna beaucoup de bienveillance. De fréquentes invitations à dîner ou à des soirées, une apparente inclination vers le catholicisme, son assiduité à l'église catholique, tout semblait m'indiquer que j'avais en elle une âme à gagner à J. C. Mais tout cela n'était que fantaisie d'imagination romanesque comme la suite me l'a démontré.

Se place à la tête du parti méthodiste. La vérité catholique ne pouvait pénétrer dans cette tête folâtre et moi, de mon côté, ne pouvant pas transiger avec les principes erronés, j'ai dû me montrer inflexible. Depuis lors, cette grande dame s'est retournée contre moi et s'est posée à la tête du parti méthodiste pour travailler à la ruine de mon troupeau. On la voyait chaque jour, elle et ses demoiselles ou sa dame de compagnie ou l'institutrice tantôt chez les pauvres, tantôt chez les malades, dans les écoles protestantes ou au temple de Genthod, et faisant toujours beaucoup de fumée avec leur mise tout à fait orientale. D'autres fois, elle ramassait tous les pauvres de l'endroit, les réunissait chez elle en un festin, les servait elle-même avec ses demoiselles. Heureusement, la plaisanterie s'en est mêlée et le ridicule en a fait bonne justice. L'orgueil de ces méthodistes les trahit et leur hypocrisie n'est pas toujours assez déguisées.

Jusqu'où va l'orgueil. Je me rappellerai longtemps une soirée où il y eut pendant une heure assaut de titre de noblesse entre cette princesse et Mr K.... S.... de Genève. Celle-là prétendait appartenir à la seconde famille, grands seigneurs de l'empire russe, sang impérial, et celui-ci se disait allié par son père, sa mère et sa femme, aux familles royales de Bourbon. Dans quelques années, disait-il, quand mon jeune fils figurera dans le public chacun demandera : quel est cet K...S...? Et personne ne se doutera que ce jeune homme a dans les veines le sang de tous les rois d'Europe. Et moi, pauvre enfant d'Adam, j'étais bien petit dans la société de ces descendants de Dieux. Mais, plaisanterie mise à part, la maudite princesse m'a fait du mal avec son million escamoté à un Général russe, son parent.

Deux enfants enlevés aux catholiques. A force d'obsessions exercées sur les pauvres pour gagner leurs enfants, elle réussit à obtenir que deux garçons du Sieur Perroux furent envoyés dans une école protestante du Canton de Vaud où ils sont instruits et entretenus par elle avec promesse de leur faire apprendre un état. Sur ces entrefaites un jeune homme appartenant à une famille de Genève, riche de quinze millions était invité aux soirées de la princesse.

Petit désappointement de ladite princesse. Un échange de regards bienveillants eut lieu dans le salon entre ce jeune homme et la demoiselle aînée. L'espérance naquit dans les cœurs de la mère et de la demoiselle. Vite on se hâta de lever un obstacle que présentait la disparité du culte. La jeune personne fut confiée à Me le Ministre Eymard pour l'instruction religieuse. Les préjugés de la religion grecque-russe furent bientôt dissipés en présence de la vérité huguenote mise dans tout son jour par les disciples de Calvin. Et la jeune personne de faire abjuration solennellement à Genève et d'être admise comme une protestante de conviction dans le sein de l'Eglise de Genève. Malheureusement la comédie n'eut point le dénouement désiré. Mr F...K... se retira et la jeune personne en fut quitte pour avoir pris Calvin à la place de Nicolas et pour reprendre ensuite Nicolas à la place de Calvin, car en 1842 elle est retournée à la religion russe, toujours avec pleine conviction.

Assez de médisance sur Mad. Gallitzin, quand même le chapitre est loin d'être épuisé. Tout le mal que je lui veux c'est de ne plus revenir à Versoix. (...)

1 Le 11 mars 1829, Mr Moglia aumônier fut élu curé de Versoix. C'est lui, qui pour l'instruction de ses succésseurs, a jugé de rédiger l'histoire de la paroisse de Versoix.

Georges Savary, juillet 2021

Chroniques de la paroisse de Versoix de 1540 à 1847", vers 1847: Moglia

Causeries d'un octogénaire genevois, Vernes-Prescott, Genève 1883

Archives cantonales



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