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du sam 14 sep au dim 15 sep 2019
COULEURS - Journées du patrimoine
PAPETERIES AU LONG DE LA VERSOIX

Le premier moulin à papier recensé en Suisse est celui de Marly (Fribourg), en 1411. Briquet, historien du papier, mentionne le premier moulin à papier à Genève, près d'Allemogne, en 1426.

La copie d’un contrat de 1459, conservée aux Archives de l’Etat de Genève (P.H. 5072), nous apprend qu’alors Nicolas de Menton, seigneur de Versoix, possédait une papeterie sur la rivière à Saint-Loup. Elle était située au sud-ouest et au-dessous du château. Aucune trace du battoir n’existe de nos jours sur ce terrain morcelé.
Il concède par ce contrat à Théobald Rignyen, bourgeois de Genève, polisseur de pierres précieuses, le cours de la Petite Versoye, de Saint-Loup jusqu’au lac pour y construire un ou plusieurs moulins et édifices pour son travail de lapidaire, moyennant 25 florins d’or. En 1537, on mentionne pour la première fois la fabrication du papier sur la Versoix (5 moulins à papier près de Divonne).

Le 13 octobre 1602, Jean Savyon, seigneur conseiller de Genève, est propriétaire du domaine et amodie son battoir à papier de Saint-Loup à Maurice, fils de feu Jean Gallopin, de Thoirier, pour la somme de 500 florins l’an. C’est la première location connue de la papeterie Savyon.

Le 11 mai 1634, Reymond Savyon amodie son battoir aux frères Pierre et Jean Grasset de Dardagny, pour le prix de 400 florins l’an. Par cet acte, les frères Grasset s’engagent à vendre exclusivement tout le papier d’impression, dit missel et longuet, qu’ils feront durant trois ans, durée de la location, au sieur Pierre Chouet, marchand bourgeois de Genève et ce au prix de 34 sols la rame, pesant chacune au moins huit livres et demie. Par contre sieur Chouet se porte garant de leur solvabilité vis-à-vis de Savyon.
De la famille Savyon, le battoir de Saint-Loup passe aux Franconis par la suite du mariage de Camille Savyon avec Pierre Franconis (1620-1693). Jacques Franconis (1657-1729), un des fils de cette union, adresse au Conseil de Genève une requête tendant à ce qu’il lui fut permis de marquer aux armes de la Seigneurie et de défendre à tous autres de le contrefaire à peine de confiscation et d’amende arbitraire. Le 27 mars 1702, cette autorisation lui est enfin accordée sous la promesse de faire fabriquer du papier bon et recevable. Le filigrane employé par Franconis est assez élégant. C’est l’Ecu de Genève entouré de deux branches de laurier faisant couronne.
Le 9 février 1736, Antoine Franconis, propriétaire du château de Saint-Loup, capitaine et châtelain de Versoix, amodie pour six ans la papeterie de Saint-Loup au sieur Jean-François Bouchet, maître papetier à Divonne, pour 200 livres argent courant de Genève. Toutefois, en raison des réparations importantes que Bouchet s’engage à faire à la papeterie, le taux de location est réduit à 140 livres pour les cinq dernières années de location. Enfin, le 13 mai 1745, après le décès de leur frère, les sœurs Sara et Marguerite Franconis cèdent à Jacques Picot leur établissement de Saint-Loup contre une rente viagère annuelle de 210 livres courantes et 140 livres à la survivante. En 1792, Louis Chevrand, papetier à Saint-Loup, fait un échange de bois avec Jean Gaspard Mégard.
La papeterie de Saint-Loup existe encore en 1806 et appartient à un sieur Rousset, mais elle n’a pas subsisté bien longtemps après cette date. Nous ignorons quand elle a cessé de fonctionner.Moulin à papier de Saint-Loup près de Versoix, dès 1602.

J. Franconis, propriétaire du moulin à papier de Saint-Loup (Versoix), reçoit en 1706 l'autorisation officielle d'employer comme filigrane l'écusson de Genève. Le filigrane de l'écusson de Genève est toutefois déjà connu dès 1560.

Vers la fin du 17e siècle, la famille d’industriels Caproni, établit des papeteries à Divonne. Jean et Jacques Caproni, de la papeterie de la Serra (lac du Bourget), vinrent s’établir à Divonne en 1675, profitant de la révocation de l'édit de Nantes et du départ des calvinistes de la contrée, pour s'y établir comme manufacturiers.

L'occasion était favorable, le culte des protestants était proscrit. Il ne leur restait que deux temples : l'un à Sergy, et l'autre à Ferney. Il fallait choisir entre le catholicisme ou l'exil ; plusieurs familles préférèrent tout abandonner, patrie, propriétés, industrie, plutôt que de se soumettre aux croyances de la religion romaine.
Cette sévérité de Louis XIV amena la dépopulation du pays de Gex : les émigrants, avant de s'éloigner, vendirent leurs immeubles à bas prix. Le propriétaire des papeteries de Divonne, fidèle à la religion de Calvin, voulut aller chercher hors du territoire de Gex sa liberté de conscience. Il vendit ses établissements aux Caproni, qui leur donnèrent une grande valeur quand le calme fut rétabli.

Les nouveaux propriétaires s'acquirent, par leur probité, une telle réputation, que le nom de Caproni devint en quelque sorte synonyme de papier dans le pays de Gex. Au début du 19e siècle, on appelait encore tabatière à Caproni un cornet de papier à tabac ou à tout autre usage : on trouve aussi son nom dans la transparence des papiers de cette époque.

On mentionne , en 1753, un deuxième moulin à papier, qui était situé à l'endroit de l'actuelle chocolaterie Favarger. Ce moulin appartient au même propriétaire que Saint-Loup. Les activités de Saint-Loup seront abandonnées en faveur de ce nouveau moulin.

Une longue querelle au sujet des droits d'eau durera de 1800 à 1862. Deux canaux pour les châteaux de Crans et de Coppet, dont les propriétaires sont le ministre Necker et la Baronne Germaine de Staël, drainaient l'eau lors des sécheresses et empêchaient toute activité des moulins le long de la Versoix. Une décision de la Cour impériale de Lyon de 1862 mettait fin à cette querelle.

Il est difficile de s'imaginer l'importance économique de la Versoix à cette époque. Les moulins suivants étaient en fonction: Grilly: huile - Martinet: blé - Sauverny: blé - Pont de Sauverny: blé (le plus grand du XIXe siècle)- La Barouche: blé - La Bâtie: papier jusqu'en 1874. Ce moulin était déjà équipé d'une machine à papier et d'une forge - Richelien: turbine qui fournissait Versoix en lumière électrique avant 1900 déjà.- Saint-Loup: plus vieux moulin, respectivement usine à papier dans la région - Beauvallon: situation de la dernière fabrique de papier - Versoix-Bourg: 2 moulins à blé, 2 scieries, 1 écorceuse, 2 moulins à huile  (noix et colza), 1 usine de verres de montres et bouteilles.

PAPETERIE DE VERSOIX

Après le Congrès de Vienne en 1816, Versoix, qui était française jusqu'à ce jour, est attribuée à la République de Genève comme lien terrestre entre Genève et la Confédération helvétique. En 1837, J.L. Bristlen, en homme prévoyant qui a appris le métier en Russie, achète le moulin à papier. L'année suivante, une nouvelle usine est construite, elle est équipée d'une première machine à toile longue importée d'Angleterre. L'usine est totalement détruite par un incendie en 1847. Nouvelle construction en 1848.

En 1874, rachat d'une machine à papier utilisée à l'usine de la Bâtie (Versoix) qui a des problèmes financiers et cesse son activité. (Cette usine appartenait aux mêmes propriétaires que les usines de La Sarraz et Clarens près de Nyon).

1938. Nouvel incendie qui détruit le bâtiment principal.

1952. Transformation en S.A. et rachat par la Holzstoff A.G. Bâle. Fin de la tradition familiale des Bristlen. Versoix était durant plus de cent ans (5 générations) en leur possession.

1954  Construction nouvelle usine

Extrait du Journal de Genève du 2.07.1954
(…) les données techniques du futur bâtiment, qui sera construit en contrebas de la voie ferrée, relié à cette dernière par une voie industrielle. 135 m. de long, 30 m. de large, 16 m. de haut, un volume de 70.000 m3, reposant sur six cents pilotis dont la construction a commencé. A ce propos, M. Baumgartner n'a pas caché la surprise de la société : le mauvais état du terrain (tout en glaise et en craie du lac). En revanche, pas d'infiltration du lac. Ayant expliqué à ses hôtes le processus de fabrication de ce papier et les opérations successives nécessaires, M. Baumgartner mit l'accent sur le « cylindre-frictionneur » qui sera installé ; son diamètre de 4,20, son poids de 60 tonnes en feront le plus grand de toute la Suisse et son transport par rail de Schaffhouse où on le construit, jusqu'à Payerne, puis de cette ville à Versoix par la route, sera une opération à ne point manquer. La machine à papier aura 50 m. de long et l'opération de transformation du papier une longueur de 35 m. On aura besoin de 4500 kilos de vapeur par heure, la force motrice sera de 2090 C.V., une hotte récupérera les buées de vapeurs, expédiées dans des échangeurs, la citerne de mazout renfermera 1.300.000 litres de carburant liquide. Toute la machine pèsera 400 tonnes. Tout est à l'avenant. Quant à la production, elle est évaluée à 36 tonnes par jour contre 10 actuellement. L'eau de la Versoix sera filtrée par une station spéciale. Ce trop bref aperçu montre l'importance de l'usine qui va sortir de terre et qui dotera la commune de Versoix d'une entreprise qui sera, nous en sommes certain, à la tête du progrès(…).

1956. Inauguration d'une nouvelle usine.

1965. Rachat par Litton Industries, Beverly Hills U.S.A. Nouveau concept. Comme première papeterie en Suisse, Versoix commence la production en continu (24/ 24, 7 / 7)

1983. L'usine revient en mains suisses

2000. La Papeterie de Versoix est déclarée en faillite le 17 avril 2000, cette société est liquidée et radiée en 2005.

Sources: archives Patrimoine versoisien - Interactive MEDIA 1998 - P.V. Papeteries de Versoix S.A.
Cinq siècles d’imprimerie à Genève, Cinq centième anniversaire de l’imprimerie à Genève – 1978
Histoire du pays de Gex, Joseph Brossard – 1831
Le Bibliographe moderne : Henri Stein, Auguste Picard, 1909

 

  

  

La Papeterie de Versoix vers 1956 avec son accès à la voie ferrée. Lors de la construction de cet accès, un effondrement de la dalle causa la mort d'un ouvrier et en blessa plusieurs autres.

En arrière plan, les bâtiments de l'ancienne usine.

 

 

 



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