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EAU POTABLE A VERSOIX - HISTORIQUE

Jusqu'à l'année 1903, les habitants de Versoix n'avaient d'autre possibilité que de se servir d'eau potable aux divers puits et fontaines de la commune qui étaient alimentés par le canal. On comptait à cette époque 5 grandes fontaines et 10 petites.

Dans le Compte rendu administratif et financier pour l'exercice 1902 présenté au Conseil Municipal, le 14 Mai 1903, Monsieur Louis Degallier, maire, nous donne un 

RESUME HISTORIQUE CONCERNANT L'EAU POTABLE A VERSOIX

Les dates et notes historiques ci-dessous m'ont été fournies par M. de Meuron, rapporteur, en 1899, de la Commission concernant l'eau potable dans les Communes rurales du canton, auquel j'adresse ici mes vifs remerciements.

Au moment où Versoix, de même que d'autres Communes du canton qui en étaient privées, est doté d'eau potable provenant du lac, amenée par la force motrice dont dispose la Ville de Genève, il me parait utile de donner ici un bref résumé historique de la question, tout en rappelant à qui nous sommes redevables de cette heureuse innovation. Le projet aujourd'hui presque entièrement réalisé d'alimenter les Communes du Canton d'eau potable eut son premier commencement d'exécution au cours de l'année 1895.

Ce fut Monsieur le Conseiller d'État E. Richard, sur la demande de quelques communes du Mandement, qui, le premier, prit officiellement la question en mains. Dans le tour de préconsultation qui eut lieu dans la séance du Grand Conseil du 14 janvier 1899, M. Boissier, Conseiller d'État, dit : « Le projet n'a rien de particulièrement nouveau, il y a longtemps que cette question a été introduite au Grand Conseil. Il s'agit d'une question vitale pour nos populations rurales. » La Commission nommée ce jour-là se composait de MM. Richard, Conseiller d'État, Chauvet, de Meuron, Favre, Piguet-Fages, Ritzchel, Côte, Odier et Morel.

En effet, le Département des travaux publics adressa à MM. les Maires, en 1893, un questionnaire destiné à le renseigner sur les conditions dans lesquelles se trouvaient les populations des Communes quant à leur consommation d'eau potable. En ce qui concerne Versoix, M. le Dr David, Maire, répondait le 18 décembre 1895 : " Nous serons donc prochainement forcés de nous procurer de meilleure eau, soit à l'aide d'un subside de l'Etat nous permettant de nom adresser à la Ville de Genève avec des conditions de prix acceptables ou par l'établissement d'une machine hydraulique spéciale pour Versoix."

Au cours de cette même année 1893, le Département des travaux publics chargeait M. l'ingénieur Patru de faire une étude complète « sur la situation actuelle des Communes rurales du canton de Genève au point de vue de la quantité d'eau potable utilisable pendant les sécheresses » et de lui adresser un rapport « sur les moyens à appliquer pour remédier à la pénurie d'eau potable dans les Communes du canton de Genève ».

Le premier de ces documents fut remis au Département le 27 mars 1896; il classait la Commune de Versoix dans la catégorie des localités « manquant complètement d'eau potable ». Il disait : « Le service des eaux de cette Commune, loin de grever son budget, lui rapporte environ quinze cents francs par la vente d'eau potable aux particuliers. L'eau est prise dans le canal dérivé de la Versoix et alimente onze fontaines communales".

Le second document (rapport sur les moyens de remédier) fut remis par M. Patru le 30 juin 1896. Après avoir indiqué plusieurs solutions, il préconisait celle qui consistait à charger la Ville de Genève de tous les travaux d'établissement de canalisations et de toute la fourniture d'eau, laquelle devait, selon les prévisions de l'auteur, s'élever à 1003 litres par minute.

Ce rapport était accompagné d'un « tableau de la quantité d'eau nécessaire à chaque localité » ; Versoix y est cotée à 138 litres par minute. II était ajouté en note : « La Commune de Versoix n'étant pas complètement agricole, pourra sans inconvénient voir réduire le chiffre de l'eau de 138 à 100 litres ».

On n'entendit plus parler du projet de distribution d'eau jusqu'au 23 octobre 1897, date à laquelle M. le député Chauvet interpella le Conseil d'Etat devant le Grand Conseil et lui demanda de bien vouloir fournir des renseignements sur l'état de la question. M. Ador, président du Conseil d'Etat, répondit que le Département des travaux publics venait de recevoir la veille même le rapport de M. l'ingénieur Veyrassat qu'il avait chargé d'examiner l'enquête faite et les solutions proposées par M. l'ingénieur Patru. M. Veyrassat se rangeait lui aussi à l'idée de charger la Ville de Genève de la fourniture de l'eau et de l'exécution des travaux, en sorte que le Conseil d'Etat allait préparer, pour être soumis au Grand Conseil, un projet de convention avec la Ville de Genève.

Le Conseil d'Etat ayant été réélu au mois de novembre 1897, ce ne fut que le 12 octobre 1898 que M. Richard, au nom du Conseil d'Etat, présenta an Grand Conseil un rapport à l'appui d'un projet de convention; le Grand Conseil ayant à son tour été réélu en novembre 1898, ce fut seulement le 14 janvier 1899 que la question fut sérieusement mise à l'élude par le corps législatif. Le projet de convention, transformé en projet de loi et prévoyant quatre périodes successives des travaux, Versoix y compris, fut voté le 18 février 1899. Le Grand Conseil était unanime à reconnaître l'opportunité de cette entreprise, qu'il élargit même assez pour procurer aux Communes, non seulement l'eau potable, mais encore celle nécessaire pour lutter contre les incendies.
 

Au point de vue financier l'économie de la loi reposait sur les souscriptions éventuelles des Communes (au prix de fr. 40 le litre-minute) et des particuliers (au prix de fr. 60); c'était l'enquête préalable à l'étude de M. Patru qui avait fourni les chiffres probables des souscriptions en eau que l'on pouvait espérer dans chaque Commune. Sitôt que ces souscriptions atteignirent un certain montant dans les Communes comprises entre l'Aire et le Rhône, le Conseil d'Etat demanda au Grand Conseil les crédits nécessaires pour l'exécution des travaux ; ces crédits furent votés le 14 octobre 1899. Lorsqu'on en vint à la seconde période concernant les Communes situées entre l'Aire et le Rhône et entre l'Arve et l'Aire, la Commission du Grand Conseil chargée d'examiner la demande des crédits nécessaires, constata que les souscriptions d'eau des Communes intéressées et des particuliers restaient extrêmement en dessous des prévisions ; elle fut unanime à proposer au Grand Conseil l'ajournement des crédits, lequel ajournement fut voté le 14 mars 1900. Cette décision fut pour les intéressés un coup de fouet salutaire, les Communes firent un effort pour augmenter le chiffre de leurs souscriptions, si bien que les crédits demandés par le Conseil d'État pour cette deuxième période des travaux lui furent accordés le 13 mars 1901.

Restait la troisième période qui devait compléter l'ensemble des canalisations. Dans cette période, Versoix était compris. Notre Commune fut sollicitée comme toutes les autres par la Ville de Genève, entrepreneur de l'Etat, à souscrire des abonnements d'eau, mais la Ville de Genève exigeait de Versoix la garantie d'un revenu annuel de fr. 5,000, qui assurerait à l'Etat, disait-elle, la rente du capital engagé dans les installations. En face de cette exigence peut être justifiée en soi, mais que je sentais être au-dessus des forces de la Commune, je fis part de mes craintes au Conseil municipal de Versoix ; celui-ci les partagea et le rapport présenté le 30 décembre 1902 par M. Bordier, après avoir exposé le coût de cette installation, dit entr'autres : Vous le savez, Messieurs, la Commune n'est pas en mesure de payer ni ces frais, ni cette installation, ni son abonnement annuel ; en outre, en facilitant l'adduction d'eau potable à Versoix, elle fait un sacrifice presque certain du rendement du canal. Enfin, le Conseil municipal décida l'envoi au Conseil d'Etat de la lettre suivante :

Versoix, le 31 janvier 1902. A Monsieur le Président et Messieurs les Membres du Conseil d'Etat de la République et Canton de Genève.

MONSIEUR LE PRÉSIDENT ET MESSIEURS, Le Conseil municipal de la Commune de Versoix, réuni le 30 courant, a pris la délibération unanime de vous exposer ce qui suit : Depuis quelques temps, des propriétaires habitant la Commune de Versoix, désireux de recevoir dans leur demeure l'eau de la Ville, se sont occupés de réunir le nombre minimum d'abonnements nécessaire pour l'exécution des travaux de canalisation. Le total des litres souscrits monte actuellement à 40 environ. Le Conseil municipal de Versoix serait désireux de faciliter l'adduction d'eau de première qualité à Versoix, en souscrivant, pour la part de la Commune, un certain nombre de litres en garantissant à la Ville le paiement des litres d'eau manquant encore pour atteindre la recette annuelle minimum de 5000 francs, exigée par elle. En facilitant ainsi l’arrivée d'eau du Rhône à Versoix, le Conseil estime faire œuvre utile, presque nécessaire, car vous n'ignorez pas, Messieurs, les conditions défavorables dans lesquelles se trouve actuellement Versoix au point de vue de son alimentation d'eau : celle-ci provient en effet du canal et est reconnue de médiocre qualité par les experts, ainsi que vous pouvez vous en convaincre par la lecture des pièces annexes que nous nous permettons de vous soumettre. Le coût des travaux de canalisation, établissement de bornes fontaines, prises et tuyautage, s'élèverait, suivant le devis ci-joint, à fr. 5,761, plus fr. 239 pour imprévu, disons fr. 6,000. La Commune aurait à payer en outre fr. 2,600 d'abonnement d'eau la première année pour parfaire la recette minimum exigée par la Ville. Or, ces sommes ne peuvent, pas être prélevées sur les recettes ordinaires, parce que les budgets annuels ne bouclent qu'à force d’économies de chaque jour et de dons généreux et que les centimes additionnels, se montant déjà au chiffre énorme de fr. 1,75 sur toutes les taxes, ne peuvent pas être fixés plus haut. Il ne serait pas possible, non plus, sans danger pour la situation financière de Versoix, de les porter en augmentation des dettes de la Commune, qui s'élevaient, au début de 1901, à fr. 245,000, absorbant pour le paiement de l'intérêt et de l’amortissement, plus du tiers des recettes annuelles. Le Conseil municipal, malgré son vif désir de voir une eau saine alimenter Versoix, est donc dans l'impossibilité de contracter l'engagement nécessaire vis-à-vis de la Ville de Genève, aussi se permet-il de vous demander de lui venir en aide en accordant à Versoix une somme de fr. 6,000 pour travaux d'établissement et en lui garantissant pour 10 ans le paiement à la Ville de son abonnement d'eau, ce qui serait une dépense de fr. 2,600 pour la première année. Il serait bien entendu que, pour les années suivantes, la Commune ne demanderait à l’Etat que le remboursement des sommes qu'elle aurait elle-même déboursées, comptant qu'au fur et à mesure de l'augmentation des abonnements particuliers, elle sera dégrevée d'autant sur le coût des litres d'eau dont elle n'usera pas. Tels sont, Monsieur le Président et Messieurs, les desiderata que le Conseil se permet de soumettre à votre bienveillante attention, étant certain que, comme lui, vous estimerez qu'une eau de première qualité est nécessaire dans un centre, industriel ouvrier aussi important que Versoix. En vous remerciant d'avance de la peine que vous voudrez bien prendre en examinant celte question, nous vous prions d'agréer, etc. DEGALLIER, Maire.

Il est permis de croire que cette lettre du Conseil municipal de Versoix exerça sur le Conseil d'Etat une certaine influence. Quoiqu'il en soit, le Conseil d'Etat modifia dès lors profondément les conditions auxquelles l'eau potable serait fournie à Versoix. En effet, nous voyons la Ville abandonner toute exigence et supprimer notamment l'obligation pour Versoix de garantir une somme de fr. 5,000, et cela malgré le devis établi par la Ville de Genève, signé par M. Butticaz le 31 août 1900, dans lequel Versoix ne figure qu'avec une souscription de 24 litres, tandis que le coût des installations est de fr. 231,000. L'Etat se rend compte de la situation particulièrement défavorable dans laquelle se trouvent les deux Communes de Versoix et Hermance, et il décide de ne pas attendre que les souscriptions d'eau eussent atteint un chiffre quelconque, mais de marcher de l'avant. Il est encouragé dans cette voie par MM. les Députés Pouille, Courvoisier et Borgel-Court, en ce qui concerne Versoix, et le 29 décembre 1902, les crédits nécessaires à la distribution d'eau dans un certain nombre de Communes de la Rive gauche et de la Rive droite sont votés par le Grand Conseil. C'est ainsi que la Commune de Versoix s'est vue mise au bénéfice de la loi générale du 18 février 1899.

Au résumé, et en suite de la disparition des obligations financières qui, un instant, avaient effrayé avec raison l'administration municipale, on peut saluer avec joie l'arrivée de l'eau potable à Versoix, dont l'utilisation ira dorénavant en augmentant. En terminant cette petite étude, qu'il me soit permis d'adresser un souvenir à notre bon vieux canal. Comme toutes choses, il a vieilli et est devenu insuffisant, mais nous serions ingrats d'oublier que depuis 1787, époque de sa création, il a rendu d'immenses services à notre Commune. Pour les besoins de la cause, ce canal a bien été noirci et calomnié, car, quoi qu'on en ait dit, on vit à Versoix aussi vieux qu'ailleurs, et jamais nous n'avons eu à déplorer plus qu'ailleurs des maladies causées par une eau mauvaise. Il est donc à espérer que l'eau du canal continuera à être pour nous un précieux auxiliaire, notamment comme eau ménagère et d'arrosage et comme appoint indispensable à l'équilibre de notre budget. Puisse-t-il, ce vieux canal, ne pas se venger un jour en démontrant que la population de Versoix a encore besoin de lui et qu'il est à l'abri de toute rupture de turbine et d'autres misères dont pourrait être atteint son heureux rival et successeur. Je rappelle ici que la Commune de Versoix fournit aux particuliers l'eau du canal à fr. 30 le litre.

DEGALLIER, Maire.

 



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