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Parti de son village natal de Latzkovetz, en Bulgarie, Georges Ditzoff vient, en 1917, travailler à Versoix avec ses deux oncles Katzarkoff qui exploitent des cultures maraîchères à la ferme du Petit-Saint-Loup1. Une partie de ces terres agricoles ont été amputées lors de la construction de l’autoroute au début des années 1960. « Les plantations des Bulgares », comme on les nommait, ont ainsi disparu pour faire place à une bande de béton.

En 1921, il fait un bref séjour dans son pays pour se marier. Son épouse Savinka lui donnera deux enfants : Dimitri (1923-2020) et Pierre (1928-2019). A cette époque, le jeune homme se levait parfois vers deux heures du matin afin de pouvoir livrer la marchandise aux marchés de Genève. Il transportait les légumes et graines potagères qui étaient la spécialité des frères Katzarkoff. Ceux-ci, par exemple, on fait venir de Bulgarie un wagon de 10 tonnes de petits oignons qu’ils revendaient ensuite aux maraîchers de la place.

Pour le jeune Ditzoff, les conditions de travail étaient très difficiles, les journées commençaient très tôt et se terminaient en fin d’après-midi quand il rentrait avec son char et son cheval.

A partir de 1925, développement oblige, on délaisse le cheval pour un camion Renault et ainsi on peut être présent quatre fois par semaine sur les marchés de la ville.

Dans la cour de la ferme du Petit-Saint-Loup, vers 1925. Photo famille Ditzoff

Georges Ditzoff et le camion Renault, vers 1925. Photo famille Ditzoff

En 1934, la famille Ditzoff part avec son « Alfa-Roméo », exemplaire unique à Genève, pour un voyage de deux mois au pays natal. Cette tournée est alors une épopée et reste dans la mémoire de ceux qui l’ont vécue. Dimitri qui avait alors une dizaine d’années nous a raconté ses souvenirs de la récolte des pastèques avec son grand-père et de leur transport dans des chars tirés par des bœufs. Il repensait aussi à l’étonnement des villageois rencontrés qui n’avaient jamais vu de voiture automobile ; ou un cheval qui s’emballe à l’arrivée du véhicule sur un pont et qui précipite son attelage dans le fossé.

La famille Ditzoff et l'Alfa-Roméo, vers 1934. Photo famille Ditzoff

L’année 1939 marque un tournant pour Georges Ditzoff qui décide de créer sa propre entreprise et s’installe à la Bâtie (à l’emplacement de l’Ecole de dressage). Bientôt, au bord de la Versoix comme en Bulgarie, pastèques et melons sont cultivés dans la terre sablonneuse. Avec le concours de Constant Malherbe, menuisier au Bourg, qui lui construit une caisse qui s’adapte sur la carrosserie de son « Alfa-Roméo » il transforme2 ainsi sa voiture en camionnette. On peut alors entasser une dizaine de cageots de légumes que l’on recouvre d’une bâche.

La Mobilisation de 1939 coupe l’élan de la petite exploitation, le manque chronique d’essence pour les véhicules rend difficile les livraisons aux marchés de la ville et condamne l’entreprise familiale.

On travaille alors chez les paysans ou « on fait du bois » pour les boulangers qui ont besoin de fagots et de charbonnettes.

Les vendanges à Saint-Loup vers 1930. A droite de la photo Georges Ditzoff. Archives APV

Ce récit de Dimitri Ditzoff démontre la faculté d’adaptation et la volonté de réussir de cette famille venue de loin. Georges Savary, décembre 2020

1 La ferme du Petit-Saint-Loup a été détruite par un incendie le 20 mars 1966. Le Journal de Genève relate les faits: GROS INCENDIE. Un demi-million de francs de dégâts. Un violent incendie a éclaté hier, peu avant 11 heures du matin, dans une vaste construction, située à Richelien-sur-Versoix, qui abrite, non loin du viaduc enjambant l'autoroute, une exploitation agricole et horticole, avec une partie habitation, le tout occupé par M. Georges Katzarkoff et sa famille. Très rapidement, le sinistre prit une grande extension et les sapeurs du Poste permanent, accourus au nombre d'une quinzaine, sous les ordres du capitaine Marchand, à bord de cinq fourgons de premiers secours, durent faire alerter les hommes des compagnies des sapeurs-pompiers de Versoix (capitaine Ramseyer) et de Collex-Bossy (capitaine Mercier). Une dizaine de lances à haute pression furent mises en batterie, tant le feu faisait rage de plusieurs côtés à la fois. C'est au bout d'une heure seulement que le sinistre baissa d'intensité et que les pompiers purent se déclarer maîtres de la situation. De l'immense construction, il ne subsiste guère que la partie d'habitation, qui est toutefois devenue inhabitable en raison de l'eau qu'il avait fallu déverser. A l'exception de la plus grande partie du mobilier, qui a pu être sauvée, pour être aussitôt transportée à la ferme voisine, celle de M. Marius Macheret, beau-frère du sinistré, tout est resté dans le brasier. Dix-sept taureaux et vaches, vingt porcs et un chien ont péri carbonisés ou asphyxiés. Une importante quantité de fourrage et de paille, des machines et de l'outillage, ont été détruits. Une partie de ce bétail et du matériel appartenant à M. Marius Macheret, M. Georges Katzarkoff s'adonnant plutôt à l'horticulture et à l'entretien des jardins. Selon une première estimation, le montant des dégâts est de l'ordre d'un demi-million de francs. Une enquête a été ouverte par la police afin d'établir l'origine de sinistre. Celui-ci paraît dû à une cause accidentelle. Le feu aurait pris naissance dans un tas de foin, devant la construction.

Ce procédé de transformation était fréquent jusqu’aux années 1960. Devant l’atelier du forgeron René Moret, à la rue des Moulins, nombreuses sont les belles limousines qui ont été recyclées en camionnettes.

Echo de Richelien, décembre 1996

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