recherche
Il n'y a pas de contenu
pour la sélection en cours.
retour à l'accueil
L'HYENE DE VERSOIX

          L'HYENE DE VERSOIX

Le sexe faible veut perdre sa réputation de douceur et gare aux hommes s'il y a progrès chez ces dames dans l'art de distribuer les horions !

La tribune de Genève relate deux histoires qui ont défrayé la chronique villageoise et où les acteurs ont fini devant les juges :

« Le tribunal de police s'est occupé d'une petite histoire qui a fait grand bruit dans le bourg de Versoix, en ce mois de décembre 1912, où l'on avait baptisé du nom de « hyène » et de « panthère » deux personnes honorablement connues. On se traitait d'ours mal léché, de girafe, de crocodile, etc. Une vraie ménagerie quoi.

Un paisible négociant de cette heureuse et jolie localité, M. Auguste Mundinger l'honorable adjoint de Versoix, a « failli être tué » par deux bonnes femmes Mme G. et sa fille Mme P. Celles-ci avaient dressé une embuscade et avaient lancé sur M. Mundinger un frottoir et un vase de fleurs. Par une chance exceptionnelle M. Mundinger évita les dangereux projectiles mais fut blessé à la main.

                                     

L'audition des témoins provoque la plus douce gaité dans l'auditoire. M. le juge Veillon lui-même est pris d'un fou rire qu'il réprime avec peine.

Me Alexandre Moriaud défendeur de Mmes G. et P. ;

— Qu'avez-vous reçu en réalité ?

— Rien dit le plaignant mais si je n'avais pas paré les coups je serais mort aujourd'hui.

— C'eût été regrettable pour votre famille observe Me Moriaud un peu ironiquement.

Puis arrive un vieil habitant de Versoix M. Zimmermann.

— M. le juge, Mme G. est bien connue à Versoix on l'appelle « l'hyène ».

Me Moriaud : Elle ne vous a jamais battu j’espère ?

— Mon Dieu non mais je ne l'approche pas de trop près.

Mme Cécile Sordolliet une bonne maman déchaîne elle aussi les rires. Elle s'explique sur le mot « frottoir » le projectile lancé contre M. Mundinger.

— Ce n'est pas un frottoir ni un décrottoir. C'est ça avec quoi on récure bref une brosse à rizette au bout d'un manche. Mme G. est peu aimable. On l'a du reste baptisée dimanche « l'hyène de Morzine ».

Me Renaud-Charrière avocat de M. Mundinger fait encore entendre Mmes Félicie Hugard, Seeyer- Gardel, Marie Vachoux qui toutes déclarent que Mme G. et sa fille sont des personnes manquant de réelle bonhomie.

Le jugement rendu par M. Veillon constate que l'initiative de la querelle avait été prise par Mme Amélie G et la fille de cette dernière Mme Mario P. Ces deux personnes ont été condamnées chacune à 25 francs d'amende aux frais nécessités par leurs agissements et aux frais de M. Mundinger qui avait dû se constituer partie civile. »

Madame G. n’en était apparemment pas à sa première frasque, puisque 30 ans auparavant, le 4 juillet 1882, une affaire l’avait déjà amenée à s’expliquer devant le tribunal. :

« Emile et Hortense D. propriétaires à Versoix sont accusés d'avoir violemment frappé une dame G. avec laquelle ils vivent en mauvaise intelligence paraît-il et d'avoir maltraité le fils de celle-ci lequel a une jambe mécanique, un accident de chasse ayant nécessité une amputation. Cette affaire est déjà venue devant le tribunal, elle est le complément de celle qui amenait récemment la plaignanle devant la Cour correctionnelle pour avoir donné des coups de canne dans le dos d'une dame S. qui nourrissait un enfant et l'avait sur les bras ; c'était de nuit et dame S. avait été prise pour dame D. laquelle l'a ainsi risquée belle. Il paraît qu'à Versoix Mme G. est appelée l’hyène ; elle a le caractère bouillant et est prompte à la réplique.

                                                                                                                                                                        

Lors de la scène qu'elle a eue avec les époux D. il paraît qu'elle les poursuivit et tomba à terre d'après le dire de plusieurs témoins. Elle a eu une forte contusion à l'œil gauche et prétend que c'est la conséquence d'un coup de poing que lui aurait administré D. lequel nie avoir frappé. Après les plaidoiries de deux avocats de talent le tribunal admet la provocation et libère les époux D. Cette affaire a fait beaucoup de bruit dans le Landernau c'est-à-dire à Versoix et le télégraphe a joué immédiatement pour annoncer la nouvelle. »

G. Savary, janvier 2021

Archives Tribune de Genève



<< retour