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LA FÊTE-DIEU

La Fête-Dieu est une fête religieuse essentiellement catholique et parfois anglicane célébrée le jeudi qui suit la Trinité, c'est-à-dire soixante jours après Pâques.

Comment se déroulait cette fête à Versoix au XIXe siècle ? Le curé Moglia, dans Histoire de la paroisse de Versoix, nous détaille l’organisation de cette manifestation et l’état d’esprit qui l’anime.

« La Fête-Dieu se célèbre avec toute la décence et la pompe qu’il est possible de désirer dans une petite paroisse. La veille, il y a un petit mouvement religieux qui contraste agréablement avec la dissipation profane habituelle. Les premiers préparatifs des reposoirs occupent des hommes de bonne volonté. Les militaires approprient leurs armes et leurs habits et les petites filles se réjouissent auprès de leur mère qui frisent leurs cheveux et les mettent en papillotes.

Dès l’aube du jour, on va et vient dans tous les sens. La grande route est balayée dans toute la longueur du village. Des branches d’arbres coupées dans les bois de la commune sont rangées avec ordre le long des maisons. Des guirlandes suspendues transversalement de distance en distance produisent un agréable coup-d’œil. L’avenue d’arbres qui continue le village, la belle route qui de là conduit à la place de Versoix-la-Ville, la douce agitation du lac qui mêle le bruissement de ses vagues aux chants et cantiques, tout concours à la solennité et au décor de cette touchante cérémonie ; dans la matinée, le roulement des tambours et le carillon des cloches réveillent les cœurs et les animent d’une sainte joie. Une milice d’une trentaine d’hommes en bel uniforme régulier et un corps d’artilleurs qui tirent des boîtes sont sur les rangs. Les reposoirs se préparent, l’église se remplit.

A peine l’office est-il commencé que le bruit des tambours se répand et annonce l’arrivée de la milice. Les anges sont représentés par des petites filles vêtues de blanc avec des couronnes de fleurs autour de la tête. Je me suis aperçu chaque année que cette petite pompe insolite fait une immense et heureuse impression à la foule. J’ai coutume d’adresser une courte allocution sur le grand objet de la fête, cette allocution est fort opportune.

La procession se fait avec un ordre vraiment admirable et même avec un extérieur de nature à tromper le public sur l’état religieux de la paroisse. Ces démonstrations sont d’autant plus heureuses que l’hérésie est là cachée pour voir et dévorer en secret le chagrin de contempler le triomphe de DIEU dont elle a renié l’amour. La procession s’arrête aux deux reposoirs qui sont établis l’un au village au milieu des arbres à côté de la fontaine, l’autre sur la place de Versoix-la-Ville. Les décharges de la milice et des boîtes, les chants et les cantiques, le spectacle de la multitude à genou rendent le moment de la bénédiction très solennel. C’est un échantillon du ciel.

La procession reprend sa marche régulière. La croix paroissiale précède les enfants de l’école qui récitent le chapelet, la Confrérie du Rosaire suit avec les bannières. Le corps des anges et des enfants de chœur vient ensuite ayant devant lui les bannières. Le St. Sacrement porté par le curé est accompagné par les ecclésiastiques français (qui ayant la même fête le dimanche et non le jeudi, s’empressent de prêter leur concours aux curés du canton) et par la milice divisée en deux lignes. Il est arrivé quelquefois que des passants ont affecté de regarder passer la procession ave le chapeau sur la tête. Ils ont été l’objet d’une réprobation générale. Après le St. Sacrement marchent avec ordre les hommes et le corps des femmes chacun précédé d’une barrière.

Les voitures sont arrêtées par des gendarmes qui se tiennent aux deux extrémités pour laisser la route libre. Les protestants conviennent de la beauté de cette fête, ils expriment le regret qu’on la leur ait ôtée, ils l’envient aux catholiques, mais pourquoi … ? Cette délicieuse est touchante cérémonie laisse après elle une longue impression, elle contribue beaucoup à raviver à alimenter la foi et la piété envers la divine et adorable Eucharistie. Deux fois, les journaux français ont fait l’éloge de cette procession telle qu’elle est faite à Versoix.

L’après-midi, la milice revient pour les Vêpres à l’issue desquelles j’adresse à mes paroissiens quelques paroles d’encouragement et de remerciements ou félicitations. Une cinquantaine d’hommes de ceux qui se sont rendu utiles sont invités à se réunir dans un cabaret pour boire et manger. Je passe une heure ou une heure et demie avec eux et ils portent ma santé au bruit du tambour et avec des sentiments de joie. L’octave se célèbre par un petit office, le soir, le chant des complies et le salut. Un certain nombre de personnes y assistent. Cet office a des charmes pour plusieurs. »



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